Category: Livres,Romans et littérature,Littérature anglaise
Hitler : Essai sur le charisme en politique Details
Evénement majeur de notre siècle, le nazisme demeure également une énigme majeure posée aux historiens. Entre l'omnipotence diabolique de Hitler et la description de son pouvoir comme celui d'un " dictateur faible " face à un appareil d'Etat tout-puissant, Ian Kershaw risque une vision nouvelle.Ce qui devient objet d'histoire, ce n'est plus Hitler, mais sa position exceptionnelle qui excédait la mesure d'un individu sans qualité, tribun de brasserie, déclassé social, artiste raté. Hitler exerçait une autorité charismatique, fondée sur la perception, toujours renouvelée, par la masse de qualités, d'une mission, d'un héroïsme supposés du chef.Le charisme permet enfin de tenir ensemble tous les traits que les interprétations précédentes avaient jusqu'alors séparément soulignés : le pouvoir de Hitler résultait de la collaboration, de la tolérance, des faux espoirs ou de la faiblesse de tous ceux qui, en Allemagne, occupaient une position de pouvoir ou d'influence - tous reportèrent leurs attentes ou leurs ressentiments dans la personne du dictateur. Il devint l'emblème de l'activisme, la source de l'autorité légitime, l'instance de confirmation ou de sanction des faits et gestes de quiconque agissait selon les intentions qu'il prêtait au Führer. De cela résultait une combinaison sans précédent d'instabilité institutionnelle et de dynamisme hors du commun, qui, incapable de stabilisation dans des formes légales, finit dans l'autodestruction.

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Un livre court, condensé, qui contient tout le nécessaire. Une bonne porte d'entrée pour comprendre ce qu'était le nazisme et la vision politique de Hitler.Attention, ce n'est pas une biographie, il ne faut pas confondre avec l'autre livre de Kershaw : Hitler.Ici Kershaw fait appel au concept de chef charismatique, élaboré par le sociologue Max Weber, pour tenter d'expliquer comment un déclassé social, sans réel formation politique, a pu conquérir le pouvoir, qui plus est dans un état démocratique, moderne, supposé être la meilleure solution pour éviter l'absolutisme.Même si l'auteur a donné pour sous titre : "Essai sur le charisme en politique", la majorité du contenu se rapproche plus d'une histoire politique tout à fait classique qu'un essai philosophique ou sociologique.Kershaw nous montre bien, avec les faits, que le projet d'Hitler était mort-né, impossible à opérer, tellement il n'était qu'élucubration et ne reposait sur rien de concret. Hitler refusait le rationnel, avait en horreur ses chefs militaires, ses conseillers, passé par les académies, les études supérieures, des parcours classiques qu'il détestait, pour lui, seul l'intuition dominait (un anti-intellectualisme assez répandu à travers l'Europe à cette époque, dû notamment à la grande mode de Nietszche). Ce qui explique son refus catégorique de tout avis contredisant son opinion, même avec des rapports factuels, de terrain. Il s'en tenait à ses idées, jusqu'au bout (comme le montre bien le film La Chute), entraînant ainsi sa propre destruction et celle de son pays avec lui.Si un homme avec des idées aussi irréelles a pu arriver au sommet de l'Etat allemand, c'est parce que le "terrain" était déjà préparé (notamment par le courant "volkish" comme l'explique un autre classique : Les Racines intellectuelles du Troisième Reich. La crise de l'idéologie allemande), le peuple allemand attendait son sauveur, un homme capable de les sortir de la décadence de la Grande Guerre.Hitler a donc conquis par son audace, son culot, son charisme. De talent, il n'en avait guère.

